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Les médecins ont-ils le droit de mentir ?

Le philosophe Vladimir Jankélévitch disait aux médecins :

« Quand vous dites à quelqu’un qu’il a une maladie mortelle, vous mentez, car vous n’en savez rien. Un homme n’a pas le droit de condamner un autre homme…

Ce qu’il y a de plus important pour vous, médecins, c’est la prolongation de l’être, vous n’existez que pour cela ; il n’y a pour vous qu’un seul impératif, c’est dentretenir lespérance. »

Ainsi justifiait-il le fait de mentir aux malades, c’est-à-dire de ne jamais dire à un patient qu’il est « condamné », qu’il est sûr de mourir.

Pourquoi ?

Parce que l’expérience montre qu’il existe toujours une incertitude, la probabilité, aussi infime soit-elle, d’une rémission, d’une guérison, qui remette en cause les pronostics les mieux établis, et donne tort au médecin qui avait cru dire « la vérité ».

Pour Jankélévitch, la « vérité médicale » est la tromperie par excellence : elle fait croire aux patients que la médecine est une science exacte, un savoir objectif permettant de prévoir l’avenir avec certitude, alors que ce n’est pas le cas. On fait alors du tort au malade, en le trompant.

Dire la vérité risque d’aggraver la situation

Cela rejoint l’expérience du personnel soignant au contact des personnes gravement malades. Dire la vérité au malade risque de gâcher les derniers moments de sa vie, en provoquant une démission prématurée.

Marc Pocard, chirurgien opérant exclusivement les cancers et chef de service à Lariboisière, considère qu’on n’a pas le droit de « priver le patient d’espoir », car il arrive que les patients se suicident après un diagnostic très grave, ou refusent des soins.

Pas question, en particulier, de parler de « métastases », un mot qui fait trop peur :

« Le mot “métastase” est tabou. Les médecins choisissent parfois de taire la présence des métastases, et lâchent le mot quand ils veulent soumettre un patient à une nouvelle chimio et que celui-ci y est réticent », explique Sylvie Fainzang, auteur de La Relation médecin-malade : information et mensonge.

« Un pronostic grave peut légitimement être dissimulé au malade » (Code de déontologie, 1955)

C’est pourquoi le Code de déontologie français publié en 1955 disait : « Un pronostic grave peut légitimement être dissimulé au malade. »

C’était une tradition très ancienne, remontant au philosophe grec Platon qui, dans La République, voyait le mensonge comme un « médicament » utile aux malades, dont l’emploi devait toutefois être réservé aux médecins.

Ensuite, à Rome, on estimait que le médecin devait être capable de cacher la vérité quand cela était utile au malade, notamment s’il attendait qu’on lui promette une guérison alors qu’il était incurable. On évoquait alors le concept de « mensonge thérapeutique », qui est souvent revenu dans l’Histoire.

Maintenant, on peut voir le problème d’une tout autre façon.

Refuser la vérité au malade, c’est lui voler ce qui lui reste de vie

Refuser la vérité au malade, c’est aussi prendre le risque de lui voler ce qui lui reste de vie.

Ne sachant pas ce qui lui arrive, trompée sur son avenir le plus probable, la personne ne peut pas employer son temps et son énergie comme elle l’aurait fait si elle avait su ce qui l’attendait, selon toute probabilité.

Informé de la vérité médicale, le malade peut affronter son propre destin. Il peut se préparer à la mort, mettre de l’ordre dans ses affaires privées et familiales, convoquer un notaire quand il est encore temps, décider en toute connaissance de cause de l’usage du temps qui lui reste.

Dans notre culture, c’est l’image traditionnelle du patriarche qui, à la fin d’une vie juste, distribue à sa descendance des paroles de sagesse et des biens matériels, avant de quitter ce monde pour un monde meilleur.

Sans cela, les rapports avec son entourage sont empoisonnés. L’écrivain russe Tolstoï raconte très bien les effets destructeurs du mensonge dans son roman La Mort d’Ivan Illitch :

« Le principal tourment d’Ivan Illitch était le mensonge, ce mensonge admis on ne sait pourquoi par tous, qu’il n’était que malade et non pas mourant, et qu’il n’avait qu’à rester calme et se soigner pour que tout s’arrangeât. Tandis que, il le savait bien, quoi qu’on fît, on n’aboutirait qu’à des souffrances encore plus terribles et à la mort. Il souffrait de ce qu’on ne voulait pas admettre ce que tous voyaient fort bien, […] en l’obligeant à prendre part lui-même à cette tromperie. Ce mensonge qu’on commettait à son sujet la veille de sa mort, ce mensonge qui rabaissait l’acte solennel et formidable de sa mort au niveau de leur vie sociale, était atrocement pénible à Ivan Illitch. »

La vérité libère du doute, de l’incertitude, de l’angoisse de ne pas savoir.

Certains seront, en outre, stimulés par la connaissance de leur mal et y trouveront un motif de coopérer activement avec leur médecin, voire de s’ouvrir à des thérapies alternatives dont ils n’auraient pas vu l’intérêt s’ils étaient restés dans la vision étriquée d’une médecine scientifique et toute-puissante à les sauver.

À l’inverse, un climat de mensonge et de faux-fuyants peut les conduire à exagérer la gravité du mal et à souffrir d’une angoisse extrême : « Puisqu’on ne me dit rien, c’est que je suis perdu. »

Mais il y a moyen, je pense, de concilier les deux positions apparemment contradictoires.

L’équilibre : dire la vérité avec humanité

«  Docteur, est-ce que je vais mourir ? Et quand ? »

« Quand un patient atteint d’une maladie grave, en phase terminale, me pose la question, je ne mens jamais. Mais je lui dis que le savoir scientifique est par nature incertain et que personne ne peut dire avec certitude quand la mort va survenir », explique le docteur Pascale Vassal, cheffe du service de soins palliatifs du CHU de Saint-Étienne.

« Et surtout, j’essaie de tenir compte de l’histoire du patient, de sa capacité à accepter cette vérité. En me disant toujours que ne pas dire tout et tout de suite, de manière brutale, ce n’est pas mentir. Parfois, il est important de dire les choses de manière progressive, en prenant le temps. »

Cela implique-t-il de mentir au patient ? Absolument pas.

« Une chose que l’on n’a pas humainement le droit de retirer, c’est l’espoir. Il faut, par exemple, dire que l’on n’a jamais vu quelqu’un survivre à cinq ans, mais en ajoutant que ce n’est pas non plus impossible », dit Marc Pocard.

De ce point de vue, sachez que vous êtes aujourd’hui très bien protégé, au moins en théorie, par le Code de la santé publique, en particulier par son article 35 qui stipule :

« Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. […] Toutefois, lorsqu’une personne demande à être tenue dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic, sa volonté doit être respectée, sauf si des tiers sont exposés à un risque de contamination. Un pronostic fatal ne doit être révélé qu’avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation […]. »

Il me semble que c’est exactement le bon équilibre, qui n’était pas évident à trouver, entre droit à la vérité et droit de ne pas être choqué et traumatisé par une « vérité médicale » par nature toujours incertaine.

Et les patients, doivent-ils dire la vérité à leur médecin ?

Selon deux études qui viennent d’être publiées, entre 60 et 80 % des patients mentent à leur médecin. Le plus souvent par peur d’être jugés ou réprimandés !

Dans deux enquêtes distinctes, des chercheurs du Middlesex et de Salt Lake City ont interrogé environ 4 500 personnes via Internet.

Dans la première, 60 % des sondés ont indiqué avoir déjà menti à leur médecin.

Dans la seconde, la proportion a grimpé à 80 %.

Mensonges sur leurs médicaments, sur leur régime alimentaire, sur la fréquence de leurs exercices physiques… Par peur d’être un « mauvais patient », voire de faire de la peine à leur médecin, en lui donnant l’impression qu’il perd son temps à essayer de les soigner !

Évidemment, c’est la pire chose qu’un malade puisse faire. Induire volontairement son médecin en erreur en lui donnant de fausses informations, des « fake news » dit-on aujourd’hui.

Comme c’est intéressant, et à vrai dire amusant, sur la nature humaine !! Tromper la personne qui cherche à vous sauver ! Cela en dit long sur les méandres de nos cœurs, cette capacité d’agir ainsi contre nous-mêmes…

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Homéopathie : une expérience renversante fait changer d’opinion un professeur de médecine

« La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin », a annoncé le journaliste médecin Jean-Yves Nau, le 4 avril 2019.

« Après de longs atermoiements, Agnès Buzyn devrait prochainement décider le déremboursement des médicaments homéopathiques [1]. »

Le Dr Nau est optimiste !

S’il suffisait que l’homéopathie soit déremboursée pour que, enfin, les adversaires de l’homéopathie arrêtent de nous casser les pieds !

Je n’y crois pas, vous l’avez deviné.

Le remboursement ne fait pas de différence (mais c’est une question de justice)

Ce qui les rend fous et agressifs, au point de multiplier les « tribunes » haineuses dans les journaux, ce n’est pas qu’on nous rembourse – au taux réduit de 30 %, rappelons-le – le prix de tubes de granules qui excèdent rarement les 2 euros !!

Pour être remboursés, encore faut-il qu’ils soient prescrits par un médecin. Or une consultation par un médecin homéopathe varie de 30 à 55 euros, pour la bonne raison que cela dure beaucoup (beaucoup) plus longtemps qu’une simple consultation conventionnelle à 25 euros.

Le remboursement de la consultation ne s’appliquant que sur les fameux 25 euros, le reste du prix est intégralement à la charge du patient. Ce ne sont donc pas les quelques centimes de remboursement sur les granules qui feront une différence, même si c’est une question de justice vis-à-vis de personnes qui font économiser des sommes importantes à la Sécurité sociale.

Un problème de foi, ou même de religion

Non, le vrai problème, c’est la croyance, j’oserais même dire la foi dans la « religion de la médecine scientifique ». Cette foi qui est ébranlée par l’homéopathie et par toutes les personnes qui constatent des guérisons « inexpliquées » grâce à l’homéopathie [2].

C’est cela qui démange, qui énerve et qui pousse des personnes par ailleurs raisonnables à devenir agressives avec les autres. C’est cela qui explique la « guerre de l’homéopathie » dont parle le Dr Nau, guerre qui n’a lieu qu’à cause des adversaires de l’homéopathie, car les autres ne demandent qu’une chose : qu’on leur fiche la paix.

Mais tous les va-t-en-guerre de la médecine scientifique ne sont pas entièrement bornés. Il arrive que certains ouvrent les yeux. C’est rare, j’en conviens, et quand cela arrive, c’est compliqué et douloureux. L’histoire qui suit en est un bon exemple.

Il s’agit du témoignage de Marie-Françoise Chamberlain, pharmacienne et homéopathe [3].

Une expérience renversante en homéopathie

Marie-Françoise a obtenu son diplôme d’homéopathe en 1984 à la faculté de Lille, qui formait des étudiants dans ce domaine et délivrait des diplômes tout ce qu’il y a de plus officiel (cette formation et le diplôme ont été suspendus à la rentrée dernière, suite à des pressions [4]).

Voici ce qu’elle explique dans une lettre qui circule sur les réseaux sociaux :

« Lors de la remise de mon diplôme universitaire d’homéopathie à la faculté de Lille en 1984, je fus très étonnée de voir monsieur le Professeur Cazin, Doyen de la faculté de pharmacie, présent à cette cérémonie.

J’avais eu ce professeur de pharmacologie pendant mes études de pharmacie et je connaissais son hostilité ouverte à l’encontre de l’homéopathie. »

En effet, le Pr Jean-Claude Cazin avait changé d’avis, puisque c’était lui-même qui, en tant que doyen de la faculté, avait lancé l’enseignement de l’homéopathie au sein de l’institution.

Il était donc devenu un fervent partisan de l’homéopathie. Par quel miracle ?

Marie-Françoise le raconte.

Les laboratoires Boiron avaient demandé quelques années auparavant de faire des recherches sur des rats pour prouver l’efficacité de deux remèdes homéopathiques : Phosophorus 9CH et Arsenicum album 9CH.

Recherches particulièrement « brutales », puisqu’il s’agissait dans les deux cas de donner à ces pauvres animaux une dose de poison mortelle à 100 %, puis de donner à un groupe le traitement homéopathique correspondant, à l’autre rien du tout, pour les sauver.

Convaincu qu’il s’agissait d’une arnaque, le Pr Jean-Claude Cazin décide d’en profiter pour prouver « une fois pour toutes » l’inefficacité totale de l’homéopathie. Il demande que les recherches soient faites dans son laboratoire.

« Il donna donc le protocole à suivre à ses laborantins. Quelque temps après, la personne qui avait réalisé l’expérience vint le voir, bien embarrassée, lui expliquant qu’elle avait refait plusieurs fois le protocole, mais qu’à la fin, en vérifiant les résultats, les seuls rats survivants étaient ceux qui avaient reçu les remèdes homéopathiques », raconte Marie-Françoise Chamberlain.

Trop efficace pour être vrai

En entendant ces résultats, le Pr Cazin voit rouge. On n’a jamais vu des rats survivre à de telles doses de poison. Ce ne sont pas de vulgaires granulés de sucre qui ont pu les soigner !

Persuadé qu’il s’agit d’un complot, sans doute d’un agent infiltré dans son laboratoire par Boiron, il fait refaire l’expérience par son chef de laboratoire :

« Quelque temps plus tard, ce dernier lui remit les mêmes résultats. La première chose qu’en déduisit le Doyen fut : “Eh bien, c’est lui la taupe, c’est lui qui est payé par Boiron”. »

Le Pr Cazin se charge personnellement du dossier

Le Pr Cazin décida de refaire l’expérience lui-même… pour aboutir au même résultat : plusieurs survivants parmi les rats traités par homéopathie, aucun parmi les autres.

Il ne s’avoua pas vaincu pour autant et échafauda une théorie encore plus folle.

« Il imagina alors que son chef de labo venait la nuit pour changer les rats. Il ne voyait pas comment puisque même lui ne savait pas quels étaient les rats qui recevaient le traitement. »

En effet, il s’agissait d’une expérience dite « en double aveugle », où l’expérimentateur lui-même ne sait pas s’il donne aux rats le placebo ou le remède homéopathique authentique. Ce n’est qu’à la fin de l’essai que le coffre est ouvert et les correspondances des numéros données.

Le Pr Cazin fait changer les clés du local, pour éviter les « saboteurs » !!

Néanmoins, il continua à refuser de croire à ce que ses yeux lui indiquaient. Pour lui, il y avait forcément « un truc » quelque part.

« Il fit alors changer les clés du local où il réalisa de nouveau l’expérience et garda même les nouvelles clés jour et nuit sur lui pour éviter que quiconque puisse accéder aux rats. Malgré toutes ces précautions, les résultats furent encore les mêmes : lhoméopathie, ça marche !

Il ne savait pas ni comment ni pourquoi l’efficacité était là. »

Le Pr Cazin fait amende honorable

Mais l’histoire se termine bien, car non seulement le Pr Cazin finit par se rendre à l’évidence, mais il décida de faire amende honorable en favorisant l’institution d’un diplôme universitaire d’homéopathie sur 3 ans, avec des cours dispensés par des homéopathes confirmés.

La faculté de Lille devint pour presque 40 ans le phare de l’enseignement universitaire de l’homéopathie, jusqu’à ce que des « talibans » parviennent à faire « suspendre » (mais non supprimer pour l’instant) son enseignement en septembre dernier.

Des milliers d’homéopathes auront été formés toutes ces années, contribuant à faire de la France un des pays les plus avancés dans ce domaine mais, surtout, contribuant à ce que des millions de personnes soient soignées sans aucun risque d’effet indésirable.

Aujourd’hui, les portes de la faculté se sont refermées. Mais gardons espoir : le Pr Jean-Claude Cazin nous a quittés le 19 septembre 2011.

Sans doute faudra-t-il attendre qu’un de ses successeurs fasse la même expérience que lui. Espérons qu’il aura aussi la même honnêteté.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Soignez-vous avec le vin : une bonne farce de Stéphane Collaro devenu un classique du rire

Pour rire un peu, je vous recommande de regarder ce morceau d’anthologie de la télévision française.

Il s’agit d’une interview du Dr Maury, auteur de Soignez-vous par le vin, réalisée en 1974 par Stéphane Collaro.

Ce médecin un peu perché explique que « le vin devrait être remboursé par la Sécurité sociale » et que « ce serait la meilleure façon de lutter contre l’alcoolisme ».

Il ne faut pas prendre ses conseils médicaux au pied de la lettre, bien sûr, mais c’est drôle. Cela nous rappelle le temps, pas si lointain, où on savait vraiment s’amuser en France !

Blague à part, sans le vin, l’humanité n’aurait pas survécu.

Le vin était autrefois bien moins dangereux que l’eau

Un des plus grands problèmes de nos ancêtres était l’empoisonnement par l’eau insalubre.

Sans frigo, sans récipients stériles, sans eau de Javel, leur seul moyen d’éviter les infections transmises par l’eau croupie était de ne jamais boire d’eau pure, à moins d’avoir une source claire à disposition, privilège rare.

Les bébés buvaient du lait maternel. Mais dès le sevrage, les gens buvaient des boissons fermentées, fort diluées pour les tout-petits, ainsi que des soupes bouillies (la pasteurisation avant la lettre).

Les boissons fermentées et alcoolisées étaient bien moins dangereuses que l’eau, souvent croupie et porteuse de germes.

Les gens faisaient donc fermenter des liquides (bière, cidre, vin) qu’ils mettaient dans des barriques. C’est pourquoi toute l’Europe était couverte de brasseries, de vignobles, de caves à vin.

L’alcool et les bactéries de fermentation empêchent les mauvaises bactéries de se développer, tout comme notre flore intestinale nous protège des bactéries pathogènes (porteuses de maladies).

Mais le vin était apprécié pour ses vertus thérapeutiques. Hippocrate, le père de la médecine, expliquait 400 ans avant J.-C. que « le vin est un produit adapté à l’humanité, à la fois pour les personnes en bonne santé et les malades ».

« Le vin rend fort »

Le vin fortifie l’âme, c’est bien connu. On en donnait aux soldats pour leur donner du courage. On donnait du « vin de messe » aux pénitents venus chercher du réconfort dans les églises.

Mais jusque dans les années 60, c’était un lieu commun de penser que le vin rendait aussi fort physiquement. Le vin était la boisson des travailleurs manuels, indispensable pour les pénibles travaux des champs.

Il paraissait donc logique d’en donner aux malades. Thibaut Baldinger, responsable des caves de l’hôpital de Strasbourg, témoigne du fait que le vin a été utilisé comme médicament… jusqu’en 1990 [1] !

Une bouteille de Châteauneuf-du-Pape contre les ballonnements !

L’hôpital civil de Strasbourg, fondé en 1119 pour enseigner la médecine, avait, comme il se devait, des caves énormes. Les gens accouraient de toute la France pour se faire soigner par le vin, recevant couramment deux litres par jour pour se soigner.

Chaque vin avait son usage.

Il fallait boire une bouteille par jour de Châteauneuf-du-Pape contre les ballonnements ; une bouteille par jour de Côtes-de-Provence rosé contre l’obésité ; deux grands verres de Bergerac contre le cholestérol.

Contre l’herpès, les patients étaient invités à se baigner dans du muscat de Frontignan.

Six verres de Saint-Amour résolvaient instantanément les problèmes de libido de monsieur, tandis que deux « fillettes » (carafes) de ce même vin étaient prescrites contre les troubles menstruels.

Les hospices de Beaune, en Bourgogne, qui étaient un hôpital, sont toujours actuellement un des plus hauts lieux du commerce de vin.

Vins aux épices

L’alcool est un excellent solvant. Cela veut dire qu’il permet d’extraire certains principes actifs de plantes, d’épices, qui n’en sortiraient pas avec de l’eau.

L’alcool est très utilisé en phytothérapie, qui s’en sert pour faire des extraits, des solutions hydroalcooliques.

Aussi, il était en réalité logique d’utiliser du vin, surtout qu’on y mélangeait des épices : muscade, cannelle, bardane (anis étoilé), clou de girofle, écorce d’orange…

Nous en avons aujourd’hui une survivance dans la tradition du vin chaud, que nous buvons au début de l’hiver pour nous réchauffer, nous fortifier, prévenir le rhume et les infections.

Encore plus fort, l’eau-de-vie !

Mais plus que le vin, le véritable élixir médicinal est l’eau-de-vie.

« Eau-de-vie » doit d’ailleurs être compris au sens littéral : eau qui donne la vie.

Le nom vient, en effet, des alchimistes de la Renaissance qui étaient à la recherche de la substance donnant la vie éternelle (la quintessence) et de la boisson qui guérirait toutes les maladies.

Ils crurent l’avoir trouvée en découvrant le principe de la distillation, qui leur permit d’extraire du vin un « esprit » tout à fait merveilleux. C’était l’acqua vitam, « eau de vie » en latin, qui fut rebaptisée plus tard… « alcool ».

Le whisky était considéré comme un médicament en Angleterre. Son nom vient du gaélique uisge beatha qui signifie « eau de vie ». Les assertions les plus audacieuses existent sur le whisky, qui serait, selon certains, excellent pour le cœur, contre la grippe, le rhume, la mémoire, contre l’anxiété, pour la longévité [2].

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Chargez votre café en vitamines

Le café reste une boisson controversée.

Parce qu’il excite, énerve, empêche de dormir, accélère le cœur, il est soupçonné de ne pas être bon pour la santé.

On l’accuse de faire fuir le fer, les minéraux, de l’organisme par son effet diurétique (qui donne envie d’uriner).

On se méfie des possibles pesticides, métaux lourds. On s’inquiète de boire un produit « brûlé », donc cancérigène.

Voici donc ce que doivent savoir tous les buveurs de café.

Le café est extrêmement riche en antioxydants, et contient des nutriments essentiels

Le café contient des vitamines B, du manganèse, du potassium, du magnésium et du phosphore. Certes ! Mais en petites quantités, de l’ordre de 1 à 5 % des besoins journaliers pour une grande tasse de 240 ml.

N’espérez donc pas combler vos besoins en vitamines et minéraux par le café.

En revanche, le café est vraiment exceptionnel par sa teneur en antioxydants. En fait, il apporte plus d’antioxydants que l’ensemble des fruits et légumes dans le régime alimentaire de la plupart des Occidentaux.

Comprendre enfin la caféine

La caféine est la substance psychoactive la plus consommée au monde.

On en trouve aussi dans le thé, le cacao, le Coca-Cola, le maté, le guarana, mais c’est dans le café qu’il y en a le plus. Une tasse de café moyenne en contient 100 mg. Le café filtre en contenant beaucoup plus que l’espresso ou le Nescafé.

La caféine est stimulante. Elle bloque un neurotransmetteur (une hormone du cerveau) appelé « adénosine ».

En bloquant l’adénosine, la caféine accroît l’activité du cerveau et libère d’autres neurotransmetteurs comme la norépinephrine et la dopamine. Cela réduit la sensation de fatigue et rend plus attentif.

De nombreuses études ont montré que la caféine provoquait une stimulation du cerveau, améliorant l’humeur, le temps de réaction, la vigilance et les fonctions cognitives.

La caféine améliore aussi le métabolisme de 3 à 11 %, et les performances physiques de 11 à 12 % en moyenne, en élevant le rythme cardiaque.

Les effets indésirables de la caféine et du café sont nombreux mais sans gravité

Les effets indésirables de la caféine sont nombreux, mais sans gravité.

Ils disparaissent d’eux-mêmes en quelques heures : tremblements, nervosité, anxiété, insomnie, diarrhée.

Les personnes qui boivent beaucoup de café éprouvent également des symptômes de sevrage : maux de tête, somnolence, irritabilité, brouillard mental, manque d’énergie. Il suffit de manquer son café du matin pour éprouver déjà ce malaise.

De plus, la caféine favorise l’élimination du calcium et du magnésium dans les urines. Elle est diurétique et laxative (donne envie d’uriner et d’aller aux toilettes).

Enfin, le café contient de l’acrylamide, une catégorie de composés cancérigènes. Mais il n’y a aucun élément qui montre que les petites quantités d’acrylamide présentes dans le café soient nocives. Au contraire, toutes les études sur l’état de santé général des buveurs de café montre qu’il réduit le risque de maladies graves.

Le café réduit le risque de maladies graves

En effet, les analyses d’essais cliniques ont montré qu’une consommation raisonnable de café :

  • réduisait le risque cardiovasculaire ;
  • diminuait celui d’AVC et d’insuffisance cardiaque ;
  • avait des effets protecteurs contre les maladies de Parkinson et d’Alzheimer ;
  • faisait baisser fortement le risque de dépression et de suicide.

Les personnes qui boivent quatre tasses de café ou plus par jour ont 53 % de risques en moins de suicider !

Tout cela contribue à faire que les gros buveurs de café vivent mieux et plus longtemps que les autres.

À 4 ou 5 tasses par jour, les personnes de 50 à 71 ans ont 15 % de chances en moins de mourir sur une période de 12 ans.

Évitez de trop sucrer votre café

Pour maximiser les bienfaits pour la santé du café, il est important de ne pas ajouter trop de sucre, et d’en faire un prétexte pour manger du chocolat, un biscuit et fumer une cigarette.

Devez-vous boire du café ?

Si vous ne buvez pas de café, ne vous forcez pas à le faire. Il y a suffisamment d’inconvénients pour que ce ne soit, en aucun cas, une obligation.

Si vous êtes enceinte et si vous souffrez d’anxiété, d’insomnie ou d’hypertension, réduisez ou supprimez totalement votre consommation de café. Les bienfaits en termes de réduction de risque des maladies graves ne compenseront pas les gros inconvénients du surcroît d’anxiété et d’insomnie provoqués par le café.

En revanche, si vous appréciez le café et que vous le supportez bien, n’ayez aucun scrupule à continuer d’en boire, car ses bienfaits dépassent largement ses petits inconvénients.

Comme les œufs, le café est l’exemple typique de ces produits traditionnels diabolisés par une certaine médecine « moderne », dans les années 1970-1980, dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’ils ont toute leur place dans une alimentation quotidienne bonne pour la santé.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Viande blanche contre viande rouge

L’Organisation mondiale de la santé a semé la confusion chez les consommateurs en annonçant que la viande rouge et la charcuterie étaient « cancérogènes pour l’homme [1] ».

Depuis, on ne parle plus que de la « viande blanche », soudain parée de toutes les vertus.

Ainsi, la côte de porc élevé en batterie, dont on dénonce par ailleurs constamment les conditions d’élevage atroces, serait meilleure pour notre santé que le bœuf ??

Pas du tout !

Car les scientifiques n’ont pas la même définition de la « viande rouge » que nous et nos bons vieux manuels de cuisine !!

Dans notre tradition, manifestement « dépassée », la viande rouge regroupe le bœuf, l’agneau, plus rarement le mouton et le cheval.

La viande blanche désigne la volaille, le porc, le veau.

Nous appelons même « viande noire » le gibier sauvage : sanglier, cerf, chevreuil…

Cela fait partie de notre patrimoine franchouillard, dira-t-on, à abandonner au plus vite car inadaptée aux normes anglo-saxonnes. Mais cette classification a le mérite de correspondre à la réalité observable à l’œil nu : un rôti de porc, un filet mignon, une côte de veau, c’est blanc, du moins si on les compare à du rosbif !

Mais dans le langage des chercheurs, qui traduisent le terme fourre-tout « red meat » américain, « viande rouge » désigne en fait toutes les viandes, sauf la volaille [2] !!!

Dans la suite de ma lettre, je me soumets donc à cette nouvelle terminologie : je vais parler de « viande rouge » pour désigner toutes les viandes sauf la volaille. Je n’ai pas le choix, car c’est ainsi que les études ont été faites.

30 % de cancers en plus chez les plus gros mangeurs de viande

Selon une étude de l’Inserm publiée en 2017, les 20 % de personnes qui consomment le plus de viande rouge (près de 100 g/jour en moyenne) ont 30 % de risques de cancer en plus, toutes catégories confondues, par rapport aux 20 % qui en mangent le moins (moins de 40 g par jour) [3].

Il est vrai que les gros mangeurs de viande rouge sont aussi ceux qui ont tendance à manger le plus de frites, de sauce béarnaise, à boire du vin rouge, à fumer et à peu faire de sport.

Mais apparemment, les chercheurs ont tenu compte de ce phénomène pour analyser les résultats. Il semble bien que ce soit la viande rouge en tant que telle, et non pas seulement les mauvaises habitudes de vie qui viennent souvent avec, qui soit en lien avec le cancer.

Depuis, la viande rouge a mauvaise presse, surtout qu’on s’inquiète de plus en plus des effets de la production de viande sur l’environnement, sans parler du bien-être animal.

Autrefois, la viande rouge « donnait des forces »

Ce retournement est remarquable, compte tenu du fait qu’autrefois (jusque dans les années 80 et 90 !), on considérait que la viande rouge… donnait de la force.

En effet, la viande rouge doit sa couleur à sa richesse en fer, l’élément qui donne sa couleur rouge à notre sang, et qui lui permet d’oxygéner les muscles et de nous donner de l’énergie.

En manque de fer, nous sommes essoufflés, fatigués, le teint blafard : c’est l’anémie ferriprive (anémie causée par un manque de fer).

La viande rouge est aussi riche en vitamines B, en particulier en vitamine B12, qui est la vitamine anti-fatigue par excellence grâce à son rôle dans la constitution des globules rouges.

La viande rouge est, de plus, très riche en protéines d’une qualité irréprochable (25 g pour 100 g de viande). Elles apportent des acides aminés d’excellente qualité biologique, qui permettent de maintenir une intégrité musculaire optimale et réparer les muscles chaque fois qu’ils sont lésés par l’effort.

Et ça ne s’arrête pas là !

La viande rouge est une grande pourvoyeuse de zinc très assimilable (2 mg/100 g), qui intervient dans la synthèse des protéines. Une carence en cet oligo-élément entraîne une diminution de la capacité à l’effort, car le zinc intervient également dans le métabolisme des glucides (« sucres »), carburant préférentiel du muscle. Le zinc est fortement anti-oxydant, ce qui protège tous les tissus des agressions et des dégradations liées au métabolisme de l’oxygène.

Enfin, la viande rouge, contrairement à une opinion répandue, est pauvre en graisse. Le rumsteck, le filet, la bavette, le rosbif et le jarret contiennent à peine 5 % de matières grasses.

Il faudrait donc dévorer de la viande rouge à pleines dents ?

Hélas, pas si vite…

Inconvénients de la viande rouge

Le fer contenu dans la viande rouge se présente malheureusement sous une forme chimique (dite héminique) très oxydante.

C’est un problème, surtout chez les hommes, qui peuvent se retrouver en surcharge de fer s’ils ne perdent jamais de sang (don de sang, par exemple).

En effet, une étude parue dans le Journal of Nutrition montre que la consommation de fer héminique est liée à une élévation du risque de maladie coronarienne de 57 %. C’est énorme ! La maladie coronarienne comprend l’infarctus du myocarde et l’angine de poitrine [4].

L’excès de fer pourrait aussi favoriser la maladie d’Alzheimer, en raison des dommages provoqués par le fer sur le cerveau. Chez les malades d’Alzheimer, le fer s’accumule dans l’hippocampe, une zone cérébrale importante pour la formation de la mémoire, où il abîme les cellules en les oxydant [5].

Enfin, ce fer héminique accroît le risque de diabète. Les personnes qui consomment le plus de fer héminique ou qui ont les réserves en fer les plus élevées sont celles qui courent le plus de risques de développer un diabète de type 2. Ceux qui ont les plus grandes réserves de fer ont un risque de diabète augmenté de 63 % comparativement à ceux qui ont les plus petites réserves [6].

Pour les personnes en surcharge de fer, qui sont en général des hommes, il est important de pratiquer le don du sang, qui permet de réduire le taux de ferritine, et ainsi de faire baisser le risque de maladies liées à l’effet oxydant du fer.

Conclusion : adieu l’entrecôte grillée, les petites côtes d’agneau rôties aux herbes, le mouton, les abats, le gibier, le filet mignon, etc., sauf une fois par semaine, selon les recommandations des spécialistes [7].

Pour les hommes en surcharge de fer et qui continuent à manger beaucoup de viande, pratiquer régulièrement le don de sang permet de réduire fortement les ravages oxydatifs du fer.

Pour le reste, il est autorisé, selon les spécialistes, de manger aussi deux ou trois fois par semaine du poulet et autres volailles, en choisissant des filières et des modes de production respectueux du bien-être animal et de l’environnement, et en privilégiant les modes de préparation hypotoxiques (cuissons douces à la vapeur, ou dans un bouillon, pas de parties carbonisées).

Excusez-moi de ces nouvelles peu réjouissantes, mais c’est vraiment ce que disent les études les plus en pointe sur le sujet.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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